Merry Christmas City boys!

18 décembre 2008

Tous les deux semaines, retrouvez dans le magazine Trends Tendances une carte postale subjective de mon immersion londonienne… La version papier du billet ci-dessous est disponible dans l’édition du jeudi 18 décembre. Pour des raisons d’espace disponible, la version Trends peut-être un peu rabotée. Sur le blog, vous découvrirez la version intégrale du papier!

Ca y est : elle arrive. Elle est presque là. Quatre mois qu’on m’en parle. Quatre mois qu’on me prévient : « après ça tu ne regarderas plus jamais tes collègues de la même façon ». Le Happy hour du jeudi soir, à côté, c’est de la gnognote. Un truc de débutant. « Elle », c’est la Christmas party de la banque. Cinq semaines que l’affiche dans l’ascenseur nous invite à bloquer la date.

Faut dire que depuis fin septembre déjà, tous les bars, pubs et restos du coin affichaient en grand aux fenêtres « réservez dès maintenant pour votre Christmas party ». Moi qui me promenais encore avec un reste de bronzage, ça avait plutôt le don de m’énerver, cette incantation hivernale. Mais voilà, Noël à Londres, c’est quelque chose et ça se prépare. Au bureau aussi.

Dès qu’on aborde le sujet entre collègues, il y en a toujours un pour faire état d’un témoignage oublié. Pour Eric, c’est presque son pire cauchemar professionnel qui resurgit dès que le service événement ressort le sapin dans le hall d’entrée. En tant que Head of Communication, il passe son temps à développer un message construit et réfléchi pour sa boîte. Interrogé régulièrement par les médias, il se doit d’avoir en toutes circonstances une image impeccable. Son credo : « sobriété, efficacité, créativité ». Autant vous dire que sa performance de l’an dernier à la fête de Noël est aux antipodes de son leitmotiv professionnel. En bon communicateur, il s’est senti obligé de partager un godet avec chacun des départements de l’entreprise. Conclusions, après un rock endiablé, il a envoyé « valser » Sheila, la responsable ressources humaines qu’il serrait pourtant de très près, contre le haut parleur du DJ puis s’est effondré bourré dans un canapé de l’accueil. Deux jours pour s’en remettre. Pour le moins embarrassant et à contre-emploi. D’autant que les images circulent encore entre collègues près d’un an après les faits.

Car si tout part d’une bonne intention, il ne faut pas grand-chose pour que le « Christmas & the City »  tourne à l’orgie. D’abord, rien n’est trop beau pour le personnel : fontaine de champagne, lieux envoûtants, mets délicats et musique trendy, tout est réuni pour mettre les gens dans l’ambiance et faire de l’Office Christmas Party une carte de visite de la boîte en termes de recrutement. Le personnel, lui, est bien décidé à s’amuser et à en profiter, fatigué qu’il est par quatre mois de travail acharné sans un jour de répit (ici pas un seul jour férié légal entre août et Noël). Quant aux City boys, ils sont à cette période de l’année dans un état de stress intense à attendre le coup de fil leur annonçant le montant de leur bonus annuel. Stress, fatigue, open bars : vous avez dans les mains les quelques éléments qui font de ces soirées des zones à très haut risque. Je n’oserai d’ailleurs vous confier ici et en détails ce qui m’est rapporté dans le registre du « tu t’es vu quand t’as bu » grandeur nature.

C’est à un point tel que Jess n’hésite pas à dire que c’est là que se font et se défont les carrières. Elle sait de quoi elle parle : elle n’a pas raté un seul de ces rendez-vous festivo-commercialo-diplomatiques en 17 ans de métier dans la City. Son secret pour éviter les pièges ? Chaque année, elle s’impose des règles de conduites strictes, un peu comme si elle se préparait à un marathon. Règle numéro un : le dress code. Laisser la mini-jupe au vestiaire, dans « Office Christmas Party », il y a  « office ». Règle numéro deux : les contacts. Prospection amicale vers les autres services mais prudence dans les discussions avec les inconnus, pas la peine de filer tous les potins du bureau au premier venu. Règle numéro trois : mobilité. Arriver tôt et rentrer obligatoirement avant le dernier métro, c’est la meilleure façon de s’imposer un couvre-feu. Enfin règle numéro quatre : l’after. Toujours prendre congé le lendemain de la Christmas party (juste au cas où une des trois règles précédentes n’aurait pas été respectée).

La situation économique pourrait bien donner un coup de pouce au guide de survie made in Jess. Le Square Mile se résigne cette année à un peu moins de glamour et de fastes. Un tiers des banques de la place ont estimé que la Christmas Party n’était purement et simplement plus de saison vu les circonstances. (Tiens, comme les bonus !) Les entreprises spécialisées dans l’organisation d’événements font grise mine : cette année la Banque X et le Crédit Y ne rivaliseront pas sur le terrain du festif.

Reste la possibilité aux équipes de s’organiser un petit Secret Santa à la bonne franquette : chacun tire secrètement au sort le nom d’un collègue à qui il réservera un cadeau personnalisé. On déballe devant tout le monde autour d’un morceau de cake sans savoir qui est le généreux donateur. Si chacun respecte quelques règles de bon goût (non au string rouge pour la secrétaire), l’épreuve peut se passer sans trop de casse. Bon certes, c’est moins paillettes et moins volage mais en ces temps de crise, c’est beaucoup plus économique et tellement moins risqué pour la carrière. A Londres, hors City en tout cas, ça fait un tabac.

Merry Christmas everyone !

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